La poesie

Soleils couchants

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.

Paul Verlaine (Poèmes saturniens)

Lecture de “Soleils couchants”

Dans le poème, “Soleils Couchants”, (Poèmes Saturniens), on peut voir tous les aspects artistiques de Verlaine, peintre et musicien. La poésie de Verlaine, comme une peinture impressionniste, avec des rythmes fugaces, des rimes faibles, reflète les touches imprécises d’un pinceau, qui espère rendre une atmosphère, un sentiment, un moment dans le temps. “Soleils Couchants” communique un air de regret, le sentiment de quelqu’un de perdu, à la dérive, le désespoir d’une personne qui considère l’arrivée du crépuscule avec remords.

Les rythmes précipités, mais toutefois hésitants créent une tension comme s’ils révèlaient une préoccupation avec le temps, le passage du temps, comme s’il voulait l’arrêter . Mais comme le texte déplore les “étranges rêves” qui “défilent sans trêves”, comme les “soleils couchants sur les grèves”, peut-être comme une vie qui passe trop vite, le rythme du texte accentue le passage rapide de l’aube au coucher du soleil. “Soleils Couchants” a des rythmes courts et fruyants. Le texte est composé des vers impairs qui crée un effet pressé. Comme l’oreille attend un rythme régulier, le rythme irrégulier nous presse d’un vers à l’autre. Donc, le rythme, lui-même, “défile sans trêve”, reflétant et renforçant la tension entre le passage du temps et l’essai de capturer et d’arrêter le temps à un moment précis. De plus, le rythme constant crée un effet hypnotique, donnant un aspect musical.

“Soleils Couchants” emploie un nombre limité de rimes faibles et incorpore énormément de répétition pour évoquer une atmosphère intime et une qualité musicale. En faisant rimer les deux mots “affaiblie” et “mélancolie” ou “champs” avec “couchant” et en utilisant les répétitions des mots, des sons et de la structure des rimes, Verlaine révèle la musicalité de sa poésie. La répétition des mots “mélancolie” et “défilent”, pour exemple, illustre la répétition des mots, mais de plus, la répétition des son, le son “i”. Par ailleurs, Verlaine emploie la répétition dans la structure des rimes: abab abab cdcd cddc. Comme la structure d’un morceau de la musique, peut-être comme une berceuse donc l’usage du verb “bercer”, l’oeuvre commence avec les rimes croisées et finit dans la dernière strophe avec une rime embrassée. De plus, la structure des phrases: quatre vers, quatre vers, huit vers, donne l’impression d’un berceuse; le tempo ralentit.

Avec les répétitions placées irrégulièrement, et l’enjambement comme règle et non comme exception, le poème crée la spontanéité, l’inspiration soudaine, et un air intime. La nature des rythmes et, par ailleurs, les rimes pauvres qui produisent aussi l’effet de la vie mouvante et insaisissable de la conscience. Donc, il semble que Verlaine ait écrit l’oeuvre comme une réponse immédiate à une scène qui se déroule devant ses yeux. De plus, en construisant une seule phrase faite d’une série de propositions subordonnées, enfilées l’une après l’autre, et un rythme rapide, son style ressemble aux touches rapides d’un pinceau sur une toile.

Avec ces touches rapides, Verlaine peint des images obsédantes, donnant un sentiment de tristesse non définie qui est devenu la marque de l’oeuvre verlainienne. En comparant un soleil couchant “sur les grèves” aux “fantômes”, en décrivant comment les “étranges rêves, comme des soleils…défilent sans trêves”, le poète renforce l’aspect vague et indéterminé de la tristesse et souligne la nature affaiblie de la lumière, et peut-être la fragilité de la vie.

La structure des phrases, du tempo du poème, évoque aussi l’image du soleil couchant et peut-être l’image du passage de la vie. L’usage du mot “berce”, semblable à une “berceuse”, evoque une image de l’enfance, passée qu’on ne peut jamais regagner. L’arrivée du crépuscule joue un rôle important parce qu’elle signifie l’arrivée de l’obscurité et, avec elle, la mort. Donc, la longueur de la dernière phrase, la nature de la rime embrassée, qui crée un sentiment de fermeté, signifie la fin de la journée et la fin de la vie.

L’usage du paysage brumeux et rêveur de l’automne de l’aube au crépuscule, ces images indistinctes, voilées, larmoyantes, plus que les mots des vers, crée un effet émotionnel plutôt qu’intellectuel. Verlaine, n’analyse pas ses sentiments dans sa poésie, mais il les fait sentir par les sonorités et les images d’une “aube affaiblie” ou des “étranges rêves” comme les “fantômes vermeils”.

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

La capture d’un instant évoque l’importance du temps dans l’art impressionniste. “Chanson d’Automne” fait appel aux cycles du temps, aux saisons qui mesurent les années, tout en communiquant l’état d’âme momentané du poète. Cet état d’âme verlainien prend la forme d’une mélancolie exprimée par un rythme lent, des sonorités longues et sombres, et des rimes plates et embrassées. Debussy, cherchant l’effet de la pluie, emploie plutôt un rythme rapide, de notes courtes brouillées par la pédale. De même, Monet capture un instant d’un crépuscule de plus en plus sombre dans un mélange de couleurs sans limites. Comme le ciel et la mer de Monet qui se touchent pour refléter le cycle interminable de jour et de nuit, la pièce de Debussy retrouve à la fin l’expression du début, formant ainsi une composition circulaire. Sans début et sans fin, les saisons et les jours se renouvellent, mesures infinies du temps qui passe.

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